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  • Alain Verstichel

La « bande à Schnegg » : naissance d'une école française de sculpture ?

Au tout début du XXe siècle, Auguste Rodin est au faîte de sa gloire. À lui seul, il a révolutionné l'art de la sculpture, dominé jusqu'alors par l'académisme. La critique et le public saluent son génie. Pour faire face à ses nombreuses commandes, il s'entoure de plusieurs sculpteurs de talent, qu'il emploie en tant que praticiens. Parmi eux, les plus célèbres sont Camille Claudel et Émile-Antoine Bourdelle.



D'autres praticiens, les frères Schnegg, Gaston et Lucien, Charles Despiau, François Pompon, Jean Halou, et Léon-Ernest Drivier, créent en 1904 le groupe « Certains » en compagnie d'Henry Arnold, Élisée Cavaillon, Louis Dejean, Albert Marque, Jane Poupelet, Yvonne Serruys et Robert Wlérick. Le critique Louis Vauxcelles les surnomme la « bande à Schnegg » parce que Lucien Schnegg en est le principal animateur, jusqu'à sa disparition prématurée, en 1909. Dans la période de l'entre-deux-guerres, ils exposent ensemble à de nombreuses reprises, jetant les bases d'une nouvelle sculpture figurative, qui prend le contre-pied de l'œuvre de Rodin. Au fil des années, d'autres artistes se joignent à eux, notamment Auguste Guénot, Alfred Janniot, Paul Niclausse, Pierre-Marie Poisson...


Le commun au membres de ce groupe est caractérisé par des formes aux lignes épurées. Influencés par l'Antiquité gréco-romaine, ces sculpteurs préfèrent l'harmonie générale et l'équilibre des masses, au lyrisme tourmenté du maître de Meudon. Bien qu'échangeant leurs idées entre eux, jamais ils n'élaboreront de théorie dogmatique et définitive, préférant laisser « parler » leurs œuvres.


Est-il vraiment adéquat d'évoquer, à propos de ces sculpteurs, d'une « école » ? On peut bien sûr discuter ce terme et lui préférer celui, plus flou, de « mouvement artistique », mais il est incontestable que les œuvres de tous les artistes cités ici présentent de nombreuses similitudes formelles. Dans la plupart des cas, il est possible, avec un œil un peu exercé, de les localiser et de les dater (en l'occurrence : France, première moitié de XXe siècle).


L'exposition universelle de 1937 offre une consécration à ce courant artistique : les architectures du Palais de Chaillot et du Palais de Tokyo intègrent aujourd'hui encore nombre de ces sculptures, ronde-bosses et bas-reliefs.


Après la seconde guerre mondiale, ce mouvement sera souvent malencontreusement associé à l'art totalitaire et la plupart de ces hommes et femmes tomberont dans un relatif oubli.


Fête en l’honneur de Rodin, Vélisy, juin 1903



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